Le suicide du chevreuil

Observations d'un garde-chasse

Passages du livre Interdiction de chasser de Carlo Consiglio, président national de LAC (Lega Abolizione Caccia) – pages 70-71 – (Divieto di caccia, Edizioni Sonda, 2012)

« Peu de gens savent qu’un chevreuil peut se suicider pour échapper à la chasse. Giancarlo Ferron est un garde-chasse qui travaille sur le Monte Pasubio et sur les petites Dolomites de Vicence. Son travail consiste à démasquer les braconniers. Dans son livre « Le suicide du chevreuil », il décrit entre autres la chasse au chevreuil faite à courre : “Lorsque le chevreuil est poursuivi par des chiens il est frappé par une terreur qui peut entraîner sa mort de diverses manières. J’ai vu de mes yeux des chevreuils traqués pendant des jours par des chiens courants, je les ai vu passer devant moi, haletant, l’écume à la gueule grande ouverte. Mais ils ne pouvaient pas ralentir car la meute les poursuivait sans relâche. Je connais des bandes d’hommes qui se disent chasseurs, qui ont même deux ou trois meutes de chiens, quand ils sont fatigués ils les échangent par de nouveaux. Mais le chevreuil est toujours le même, et à un moment il n’en peut plus.” 

© LAC - Lega per l'Abolizione della Caccia

Si le chevreuil dans sa fuite passe devant le poste, où l’attend un chasseur, il se fait tirer dessus et meurt. Mais il peut aussi être mutilé par des chiens. Ou il peut passer devant un braconnier qui est là parce qu’il fait un autre type de chasse, mais qui ne manque pas l’occasion de lui tirer dessus avec un fusil de chasse, adapté aux oiseaux, donc le chevreuil n’est que blessé et meurt qu’après plusieurs jours d’agonie ; chaque année Ferron trouve plusieurs chevreuils morts abattus et il ne s’en est jamais remis.

Un jour, il était posté au milieu d’une zone boisée, battue à courre, et il entendit la chasse approcher, puis un déchainement de coups de feu. Il a entendu le dernier qui a tiré crier à un collègue : « Je pense que je l’ai touché, mais je ne suis pas sûr ». Ferron entendit un bruit de feuilles sèches qui s’approchaient et procédait de manière incertaine, puis avec les jumelles il réussit à cadrer la source de ce bruit : c’était un chevreuil mâle à moitié caché par les troncs, haletant la gueule ouverte et bavant jusqu’à terre. Les chiens arrivaient et le chevreuil avançait de quelques mètres : son ventre était complètement ouvert à cause de la balle, son intestin tombait en une masse sanglante qui touchait le sol ; il avait du mal à marcher, à chaque pas il arquait le dos de douleur et avec ses pattes arrière il piétinait ses entrailles. Ferron aurait aimé l’achever avant l’arrivée des chiens, mais il n’aurait jamais pu le toucher à cette distance avec le fusil.

Les gémissements et les cris de terreur que j’ai entendus ce jour-là ne peuvent être décrits. Les trois chiens l’ont mordu et l’ont déchiré partout. Je me suis précipité là-bas pour faire quelque chose, mais quand je suis arrivé un chien l’avait attrapé à la gorge et il était déjà en train de mourir.

Un autre jour, Ferron a vu un cerf sauter des rochers, se suicider, plutôt que d’être attaqué par les chiens. Evidemment le cerf savait très bien qu’il serait mangé vivant, et il fit son choix. C’est la chasse. »

Dans ce même livre, (p. 67-68) Carlo Consiglio présente une thèse qui assimile la chasse à une maladie mentale, dans un paragraphe qui rapporte les opinions des psychanalystes Emilio Servadio et Karl Menninger, de la psychologue Carla Corradi, et de l’anthropologue Sherwood L. Washburn.

Le suicide du chevreuilGiancarlo Ferron – (Il suicidio del capriolo, Edizioni Biblioteca dell’immagine)

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